Extrait

 

Elle roulait assez vite et la route était peu encombrée. Elle fut donc rapidement en vue de la ville de saint Maixent l'École, après un bout de quatre voies au sortir de Niort, elle découvrait une ville moyenne.
Les abords ressemblaient à toutes les villes de France avec de nombreux panneaux publicitaires en entrée d'agglomération et de suite les premiers bâtiments industriels. Elle observait tout cet environnement non pas en touriste mais en professionnelle et elle était intérieurement très critique.
Les entrées de ville sont toujours décevantes et si on s'arrête à cela, on reste sur un mauvais sentiment. On perd aussi l'occasion de faire de belles découvertes se dit-elle.
De toute façon, il lui fallait pénétrer plus avant dans la cité puisque l'usine de son client était située sur la route de sortie en direction de Poitiers. Passé le premier groupe d'habitations, la ville s'offrait entièrement au regard de la nouvelle arrivante.
L'ordonnancement rectiligne des avenues lui sembla familier, elle entrait dans une ville militaire ou en tout cas dessinée par un architecte rigide comme celui qui avait conçu la Roche sur Yon.
Ensuite, la bourgade avait du charme. De ce charme des vieilles villes chargées d'histoire, de claquement de bottes et de bruits d'armes. Elle arriva en vue de la porte Chalons et de suite eut envie de voir derrière ce qui s'y cachait. Après tout elle avait bien roulé et était en avance sur son rendez-vous, de plus il lui fallait aller à son hôtel mais rien ne pressait.
Elle stoppa sa voiture sous l'ombre des platanes qui bordaient une esplanade, sorte de promenoir qui partait sur la droite de la porte de la ville et qui descendait vers une place encore plus grande qui semblait marquer la fin de la cité comme si, à partir de là, s'ouvrait un nouveau monde inconnu.
Les gens déambulaient dans la rue centrale, bordée de boutiques de chaque coté. L'ambiance était en ce printemps affairée. Il fallait pour ces dames des toilettes de saison.
La vieille ville lui plut. Elle devait être charmante même sous la pluie et, bien que ressemblant étrangement à sa ville de départ, cette cité lui semblait plus hospitalière.
Elle s'y plaisait déjà, certainement le charme des vieilles pierres polies par plusieurs générations de militaires et de civils étroitement liés par la vie.
Florence poussa jusqu'à une place ou était située l'église.
Dans ce lieu, tout paraissait en pente. La place se terminait par un plan incliné et au milieu une sorte de petit square était planté là comme pour défier l'oeil du chaland. Les bâtiments anciens qu'elle avait observés pendant sa visite était vieux et pleins d'histoires de bruits et de rires pensait elle.
Florence aimait ces villes à l'histoire lointaine parlant au coeur des passants. On se sentait là comme chez soi, cela lui faisait du bien, elle avait comme un sentiment de liberté en ces lieux. L'image de sa mère et de sa fille lui revinrent en mémoire la ramenant vers le but de sa venue ici. Elle fit demi-tour et se retrouva sous les allées ombragées où elle retrouva son véhicule.
Elle n'avait plus le temps d'aller à son hôtel déposer ses bagages. Elle décida donc de se rendre directement chez son client.
Elle arrêta sa voiture devant la devanture du magasin. Sans descendre, elle observait le showroom. Beaucoup trop de meubles en expo": c'est pas bon, il faudra que je lui en parle. Çà ressemble plus un broc qu'à un fabriquant de meubles de classe. Enfin on fera avec". Se dit-elle! Et elle entra dans le magasin.
Au premier abord rien ne distinguait ce Hall d'expo de tous les autres qu'elle avait déjà vu. Certaines fabrications cependant sortaient de l'ordinaire et dénotaient sur le reste. Il y avait une petite volonté de singularité. "Pas mal" s'entendit elle dire à haute voix.
Un homme se tenait près d'elle. C'était visiblement un vendeur. Elle ne l'avait pas vu à la réunion au Mercure de la Roche sur Yon
-Vous désirez un renseignement Madame ? lui demanda t'il
Florence ne le remarqua à peine.
-non, non! j'ai rendez vous avec Thie..., Monsieur Dochez .
-Je suis Madame Mèdes, Florence Mèdes, l'agence de pub, rajouta t'elle à l'intention du vendeur.
Ce dernier s'écarta et lui demanda de le suivre vers les bureaux. Ils se dirigèrent vers le fond du magasin.
L'homme ouvrit une porte qui donnait sur un corridor d'où venaient les bruits stridents des machines des ateliers qui parvenaient étouffés par une épaisse porte capitonnée sur laquelle étaient écrits ces mots d'avertissement en noir "défense d'entrée atelier".
Sur le coté, montait un escalier et sur le mur une flèche peinte en rouge indiquait la direction des bureaux. A en juger par son état, elle devait être là depuis la création de la maison et personne n'avait pensé à la rafraîchir.
De toute façon, pensa t'elle, beaucoup de choses n'ont pas été changées depuis que le père de Thierry avait fondé son premier atelier, s'imaginait' elle.
Même si elle se voulait novatrice dans son job, ce petit côté rétro conservateur ne lui déplaisait pas tellement. Elle trouvait cela charmant de la part du fils de ne pas avoir tout chamboulé à la mort de son père.
Elle comprenait d'autant mieux qu'elle n'avait pas eu le bonheur d'avoir un père. Est-ce que cela lui manquait? Elle ne pouvait pas le dire, elle avait fait avec. Quand ils étaient ensemble, il lui parlait souvent de son
père, de sa vigilance à son égard, mais jamais elle ne lui avait entendu dire du mal de ce dernier. Ce devait être un homme bien se dit' elle.
Le vendeur la précéda dans l'escalier. Ils arrivèrent sur un palier donnant sur un long couloir où s'ouvraient plusieurs portes de bureaux. Au bout, de l'autre coté, montait un autre escalier qui semblait donner sur l'extérieur.
Il pénétra dans le premier bureau devant eux et l'annonça à une jeune et jolie femme qui la dévisagea des pieds à la tête ce qui lui déplut d'emblée.
Florence lui rendit son regard avec la même intensité, le courant visiblement ne passait pas entre elles deux "quoiqu'il fallait voir ", se dit Flo.
Elle doit bien obéir à son patron à moins qu'elle ne soit madame D???
La vision de cette fille au bras de Thierry s'imposa à elle. Il fallait qu'elle sache rapidement.
-Vous êtes? Dit Flo avec un faux détachement. Son coeur battait la chamade, ses tempes bourdonnaient, pourvu qu'elle ne le dise pas supplia t'elle secrètement.
Après un léger silence, que le vendeur qui avait senti la tension, mit à profit pour s'éclipser
- Je suis Mademoiselle Lecail, la secrétaire de monsieur Dochez! Répondit-elle sèchement.
Ouf, se dit Florence, encore une qui est amoureuse de son patron. Bien que sur la défensive, elle était soulagée de la savoir encore demoiselle et elle n'avait pas appelé son boss par son prénom ce qui signifiait pour une femme avertie qu'elle n'avait sur lui encore aucun titre de propriété.
Cela l'avait toujours profondément énervé ces filles, qui, sous prétexte qu'elles travaillaient avec un mec pas trop mal, se croyaient presque leur femme. Elle se promettait, si il lui arrivait d'avoir les réponses qu'elle souhaitait de Thierry les concernant, d'y mettre bon ordre.

 

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